Commençons par la vérité : ce n'est pas obligatoire
Cherchez un article de loi qui imposerait un projet d'accueil à une assistante maternelle : vous n'en trouverez pas. Les établissements d'accueil du jeune enfant, crèches et micro-crèches, ont l'obligation d'un projet d'établissement. L'accueil individuel, non.
Autant le dire tout de suite, parce que beaucoup de sites entretiennent le flou et parce qu'une professionnelle qui découvre qu'on lui a présenté comme une obligation ce qui n'en est pas une a raison de se méfier de tout le reste.
Cela dit, l'absence d'obligation n'est pas une absence d'attente. Et l'attente, elle, est fondée sur un texte.
Le texte qui fonde la demande
La charte nationale pour l'accueil du jeune enfant, annexée à l'arrêté du 23 septembre 2021, s'applique à tous les modes d'accueil — individuel compris. Elle pose dix principes, et prévoit que le professionnel explicite, le cas échéant, la manière dont il les met en œuvre.
« Expliciter la manière dont il met en œuvre » : c'est la définition même d'un projet d'accueil. La PMI qui vous le demande ne s'invente donc pas une exigence, elle vous demande de rendre lisible ce que la charte attend de vous. La nuance compte : elle ne peut pas refuser un agrément parce que le document manque, mais elle peut apprécier votre « connaissance du métier et de ses responsabilités », qui est bien un critère du référentiel national.
Depuis 2025, un second document précise ce que ces principes veulent dire concrètement : le référentiel national de la qualité d'accueil du jeune enfant. Il vaut pour l'accueil individuel comme pour les crèches, et il traite de la familiarisation, du sommeil, des repas, du change et de la pudeur, des pleurs et des émotions, du jeu, des sorties, des écrans, de la relation aux parents et de l'inclusion. C'est la meilleure matière première qui existe pour écrire un projet qui tienne debout — et il est gratuit.
Ce que le projet d'accueil vous apporte, à vous
Face à la PMI, il répond à l'avance aux questions de l'entretien. Une candidate qui a écrit comment elle accompagne une séparation difficile ne cherche pas ses mots le jour où la puéricultrice le lui demande : elle a déjà pensé la réponse.
Face aux parents, il fait quelque chose que rien d'autre ne fait : il vous distingue. Un parent qui visite trois assistantes maternelles entend trois fois les mêmes phrases sur l'amour des enfants. Celle qui pose un document expliquant sa journée type, sa façon d'accompagner le sommeil et sa position sur les écrans ne se compare plus aux deux autres.
Face aux désaccords, enfin, il prévient. Beaucoup de tensions naissent d'un implicite : les horaires de sieste, le doudou, la télévision, les repas fournis ou non. Ce qui a été dit avant l'accueil ne se discute plus pendant.
Ce qu'on y met
Il n'existe pas de plan officiel. Celui qui suit reprend les moments que le référentiel national traite, dans l'ordre où une journée se déroule.
- Qui vous êtes : votre parcours, votre formation, depuis quand vous exercez, ce qui vous a amenée à ce métier.
- Le lieu : les pièces où vivent les enfants, l'espace extérieur, le coin sommeil, ce qui est à leur hauteur.
- L'adaptation : comment se passent les premiers jours, sur combien de temps, avec quelle progression.
- Une journée type : l'arrivée, les temps de jeu, le repas, la sieste, le goûter, les retrouvailles du soir.
- Le sommeil : où dorment les enfants, comment vous couchez un bébé, ce que vous faites d'un enfant qui ne s'endort pas.
- Les repas : qui les fournit, comment vous accompagnez la diversification, ce que vous faites face à un refus de manger.
- Les émotions et les limites : votre façon de réagir aux pleurs, aux morsures, aux conflits entre enfants.
- Les sorties et les activités : ce que vous proposez, où vous allez, avec quelles autorisations.
- Le lien avec les parents : transmissions du soir, photos, ce que vous partagez et ce que vous ne partagez pas.
- L'inclusion : comment vous accueilleriez un enfant en situation de handicap ou porteur d'un projet d'accueil individualisé.
Trois erreurs qui vident le document de son intérêt
La première est de recopier un modèle trouvé en ligne sans rien y changer. La puéricultrice en a lu des dizaines, et une phrase apprise se repère à la première question un peu précise. Un modèle sert de structure, pas de contenu.
La deuxième est d'écrire ce qu'on pense devoir dire plutôt que ce qu'on fait. Un projet qui promet des activités dirigées tous les matins et une organisation sans faille devient un texte contre lequel on vous mesurera. Mieux vaut décrire une pratique réelle et tenable.
La troisième est de l'écrire une fois et de ne plus y toucher. Un projet daté de l'agrément, présenté tel quel cinq ans plus tard au renouvellement, dit surtout que rien n'a été relu depuis. Une relecture annuelle suffit.
Par où commencer
Deux ou trois pages suffisent. Prenez le plan ci-dessus, et pour chaque point écrivez trois phrases : ce que vous faites, pourquoi vous le faites ainsi, et ce que vous faites quand ça ne se passe pas comme prévu. Ce troisième point est celui qui intéresse vraiment une puéricultrice.
Le référentiel national et la charte sont gratuits et téléchargeables : nous les avons rassemblés, avec les autres textes utiles, sur la page des documents à connaître. Un modèle prêt à compléter existe aussi dans notre boutique, pour celles qui préfèrent partir d'une trame mise en forme — mais le contenu, lui, ne peut venir que de vous.