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Motricité libre : ce qu'on fait, et ce qu'on évite

Le principe tient en une phrase : ne jamais installer un enfant dans une position qu'il ne sait pas prendre seul. Ce que ça change au quotidien, ce que ça exclut, et ce qu'il faut savoir dire aux parents.

Publié le 22 septembre 2026 4 min de lecture
Ne jamais installer un enfant dans une position qu'il ne sait pas prendre seul

Le principe, en une phrase

La motricité libre repose sur une règle simple : on n'installe jamais un enfant dans une position qu'il ne peut pas atteindre ni quitter seul. Un bébé qui ne s'assoit pas seul ne doit pas être calé en position assise ; un enfant qui ne marche pas ne doit pas être promené en le tenant par les mains.

La raison n'est pas dogmatique. Chaque position se conquiert par l'effort, et c'est dans cet effort que se construisent non seulement la coordination et l'équilibre, mais aussi la confiance de l'enfant dans ses propres capacités. Un enfant placé dans une posture qu'il ne maîtrise pas ne peut ni se rattraper ni en sortir : il apprend surtout qu'il dépend de l'adulte.

Ce n'est plus une école de pensée parmi d'autres. Le référentiel national de la qualité d'accueil du jeune enfant, publié le 2 juillet 2025 sous le pilotage de l'Igas, s'adresse expressément aux assistants maternels à leur domicile et traite la motricité et le jeu libre parmi ses repères. Il sert de base aux inspections et aux contrôles.

Ce que ça change concrètement

Le trotteur : la mise au point nécessaire

Le trotteur, ou youpala, est un siège à roulettes dans lequel l'enfant est suspendu, les pieds effleurant le sol. Pédiatres, psychomotriciens et kinésithérapeutes le déconseillent de façon unanime : il n'aide pas à marcher, favorise l'appui sur la pointe des pieds, stabilise artificiellement l'équilibre au lieu de le construire, et expose à des chutes graves — notamment dans les escaliers. Le Canada en a interdit la vente dès 2004, et l'Alliance européenne pour la sécurité de l'enfant le déconseille.

À ne pas confondre avec le chariot de marche, que l'enfant pousse debout en s'appuyant dessus : celui-là accompagne un mouvement qu'il initie lui-même, et ne pose pas les mêmes problèmes.

Observer sans diagnostiquer

Les rythmes varient énormément d'un enfant à l'autre, et un écart de plusieurs mois sur la marche n'a en soi rien d'inquiétant. Ce n'est pas à vous d'établir si un développement est normal : c'est le rôle du médecin, lors des examens de suivi consignés dans le carnet de santé.

Votre rôle est ailleurs, et il est précieux : vous voyez l'enfant plusieurs heures par jour, souvent plus que quiconque en dehors de sa famille. Notez ce que vous observez en termes factuels — ce qu'il fait, depuis quand, dans quelles situations — et transmettez-le aux parents sans conclure. « Il ne se retourne pas encore d'un côté à l'autre » est une observation utile ; « il a du retard » est un diagnostic que vous n'avez pas à poser, et qui inquiète sans aider.

Cette posture d'observation transmise rejoint ce que demande la charte nationale, détaillée dans notre article sur la sécurité affective : l'alliance avec les parents fait partie du métier, et elle repose sur des faits partagés plutôt que sur des jugements.

Questions fréquentes

Le trotteur est-il interdit en France ?

Non, il reste en vente libre. Il est en revanche déconseillé de façon unanime par les pédiatres, psychomotriciens et kinésithérapeutes, et interdit à la vente au Canada depuis 2004. Mieux vaut expliquer ce choix aux parents que d'invoquer une interdiction inexistante.

Peut-on asseoir un bébé calé par des coussins ?

Non, c'est le contraire du principe. Un enfant qui ne s'assoit pas seul ne peut ni se rattraper ni quitter la position. Laissez-le au sol : il s'assiéra quand son corps sera prêt, et il saura alors en sortir.

Faut-il des chaussures avant la marche ?

Non. Tant que la marche n'est pas assurée, les pieds nus ou des chaussettes antidérapantes sont préférables : le pied a besoin de sentir le sol pour construire l'équilibre. Les chaussures rigides viennent ensuite, surtout pour l'extérieur.

Que faire si un enfant semble en retard ?

Transmettre des observations factuelles aux parents, sans conclure : ce qu'il fait, depuis quand, dans quelles situations. L'évaluation relève du médecin, lors des examens de suivi du carnet de santé. Votre regard quotidien est précieux justement parce qu'il est descriptif.

Sources officielles

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